On oppose souvent le Private Equity et les ETF comme s’il fallait choisir son camp.

D’un côté, les ETF : liquides, transparents, peu coûteux. De l’autre, le Private Equity : plus cher, illiquide, réservé à des investisseurs capables d’immobiliser leur capital pendant plusieurs années.

Présenté ainsi, le débat conduit toujours à la même question : lequel est le meilleur ?

C’est pourtant une mauvaise question.

Un ETF et un fonds de Private Equity ne poursuivent pas le même objectif. L’un offre une exposition simple, efficace et peu coûteuse aux marchés financiers. L’autre cherche à créer de la valeur en sélectionnant des entreprises, en les accompagnant dans leur développement puis en les revendant plusieurs années plus tard.

L’ETF achète le marché. Le Private Equity cherche à créer de la valeur au-delà du marché.

Les comparer n’a donc de sens qu’à travers quelques dimensions essentielles : le coût, le rendement, la dispersion des performances, la liquidité et l’horizon d’investissement.

Le coût : 0,14 % contre « 2 et 20 »

L’écart de frais est spectaculaire.

Un ETF actions indiciel coûte aujourd’hui en moyenne 0,14 % par an (ICI, 2025), certains des plus importants descendant jusqu’à 0,03 %. À l’inverse, le Private Equity fonctionne encore largement selon le modèle historique du « 2 et 20 » : environ 2 % de frais de gestion annuels, auxquels s’ajoutent 20 % de la performance, généralement au-delà d’un rendement préférentiel proche de 8 %.

Pris isolément, le verdict semble évident.

Mais comparer uniquement les frais revient à ignorer ce qu’ils rémunèrent.

L’ETF ne paie personne pour sélectionner des entreprises : il réplique mécaniquement un indice. Le Private Equity rémunère des équipes chargées d’identifier des sociétés, de négocier leur acquisition, de les accompagner dans leur transformation puis de les céder dans les meilleures conditions.

La vraie question n’est donc pas de savoir quels frais sont les plus faibles, mais si ces frais permettent de créer une valeur supplémentaire que l’investisseur ne pourrait pas obtenir seul.

Sur les marchés cotés, où l’information circule rapidement et où les prix intègrent en permanence les nouvelles informations, cette création de valeur est difficile à démontrer. Sur les marchés privés, elle dépend avant tout de la qualité du gérant.

Rendement : le marché contre la sélection

C’est probablement la différence la plus mal comprise.

Sur les marchés cotés, l’écart de performance entre les meilleurs et les moins bons gérants reste relativement limité. L’écart entre le premier et le quatrième quartile est de l’ordre de 1,5 point. Autrement dit, choisir le « bon » gérant apporte souvent moins qu’on ne l’imagine, ce qui explique en grande partie le succès de la gestion indicielle.

Le Private Equity obéit à une logique très différente.

Selon les études d’eVestment, l’écart entre les meilleurs et les moins bons fonds atteint près de 13 points, et près de 19 points dans le capital-risque.

La moyenne du marché perd alors une grande partie de son intérêt.

La performance dépend moins de la classe d’actifs elle-même que de la capacité à sélectionner les bons gérants.

Le Private Equity n’est donc pas intrinsèquement supérieur aux marchés cotés. Il est simplement beaucoup plus dispersé. Cette dispersion constitue une opportunité pour les investisseurs capables d’accéder aux meilleurs fonds ; elle devient un risque supplémentaire pour ceux qui investissent sans véritable processus de sélection.

La liquidité : un avantage qui possède aussi son revers

La différence la plus visible réside dans la liquidité.

Un ETF peut être acheté ou vendu en quelques secondes, chaque jour de Bourse. À l’inverse, un fonds fermé de Private Equity immobilise généralement le capital pendant dix à douze ans, sans possibilité de sortie à la demande. Les véhicules semi-liquides proposent une solution intermédiaire, mais leur liquidité reste conditionnelle et peut être limitée précisément lorsque les investisseurs souhaitent récupérer leurs capitaux.

La liquidité constitue évidemment un avantage. Elle possède toutefois une contrepartie rarement évoquée : elle expose en permanence au prix de marché et facilite les décisions émotionnelles. Pouvoir vendre à tout moment signifie aussi pouvoir vendre au pire moment.

Le Private Equity impose au contraire de rester investi.

Cette illiquidité n’est ni une qualité ni un défaut. C’est une contrainte. Elle ne se justifie que si elle est rémunérée par une véritable prime d’illiquidité, démontrée sur longue période et propre à chaque fonds.

L’horizon : le véritable critère de décision

Au fond, tout converge vers une seule question : combien de temps l’investisseur est-il réellement capable d’immobiliser son capital ?

L’ETF laisse une liberté totale.

Le Private Equity, lui, exige du temps.

Les premières années d’un fonds sont souvent marquées par la courbe en J : les frais sont engagés et les investissements réalisés bien avant que les premières cessions ne viennent matérialiser la création de valeur. Les distributions significatives n’interviennent généralement qu’à partir de la quatrième ou de la cinquième année.

Un investisseur dont l’horizon réel est de trois ou quatre ans ne captera jamais cette création de valeur. Il supportera uniquement les contraintes de l’illiquidité.

Le temps n’est donc pas un simple paramètre. Il constitue une condition d’accès à cette classe d’actifs.

Quand un ETF suffit, et quand le Private Equity apporte réellement quelque chose

Pour une grande partie des investisseurs, un ETF mondial constitue déjà une excellente solution.

Simple, liquide, diversifié et peu coûteux, il est particulièrement difficile à battre sur la poche cœur d’un patrimoine.

Le Private Equity ne remplace pas cette exposition.

Il répond à une logique différente.

Il permet d’accéder à des entreprises non cotées et à des moteurs de création de valeur auxquels les marchés publics ne donnent pas accès. Encore faut-il réunir trois conditions : disposer d’un horizon suffisamment long, pouvoir immobiliser une partie de son patrimoine sans contrainte et accéder à des gérants sélectionnés selon une méthodologie rigoureuse.

Le Private Equity n’améliore pas mécaniquement un portefeuille.

Il élargit simplement son univers d’investissement.

Les limites du Private Equity

Une analyse équilibrée suppose également d’en rappeler les contreparties.

L’illiquidité est réelle et durable. Les valorisations sont périodiques et reposent sur des estimations ; elles peuvent apparaître plus stables qu’elles ne le sont réellement tant que les participations n’ont pas été cédées. C’est pourquoi le DPI, qui mesure le capital effectivement restitué aux investisseurs, constitue souvent un indicateur plus robuste que des multiples encore largement théoriques.

La dispersion des performances est considérable. Un excellent fonds peut largement surperformer les marchés cotés ; un mauvais fonds peut produire le résultat inverse.

Enfin, des frais élevés ne deviennent acceptables que s’ils sont compensés par une création de valeur nette pour l’investisseur.

La vraie question : la complémentarité

Opposer ETF et Private Equity revient finalement à comparer deux outils qui poursuivent des objectifs différents.

L’ETF offre une exposition efficiente au marché.

Le Private Equity cherche à créer de la valeur au-delà du marché.

La bonne question n’est donc jamais : « ETF ou Private Equity ? ».

Elle est plutôt la suivante : quelle part de mon patrimoine peut être immobilisée suffisamment longtemps pour justifier cette recherche de création de valeur supplémentaire ?

Pour de nombreux investisseurs, la réponse passe par une combinaison des deux : une poche cœur liquide, diversifiée et majoritairement indicielle, complétée par une allocation mesurée au Private Equity lorsque l’horizon, les objectifs patrimoniaux et la capacité d’immobilisation le permettent.

Conclusion

L’ETF et le Private Equity ne répondent pas à la même question.

Le premier se juge sur son coût, sa liquidité et sa capacité à répliquer fidèlement un marché.

Le second se juge sur la qualité de la sélection, la capacité du gérant à créer de la valeur et la faculté de l’investisseur à accepter le temps long.

L’ETF répond à la question : comment investir dans le marché ?

Le Private Equity répond à une autre : comment investir au-delà du marché ?

Un patrimoine bien construit n’a pas à choisir entre les deux. Il sait simplement pourquoi chacun y occupe sa place.


Sources : Investment Company Institute (ICI, 2025) ; EQT (structure de rémunération « 2 et 20 ») ; eVestment et Nasdaq (dispersion des performances) ; Moonfare (durée de vie des fonds et courbe en J).

Ce contenu est publié à titre informatif et reflète une analyse indépendante. Il ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.